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Extrait des
"Documents inédits sur
la campagne de 1815, publiés par M. le duc d'Elchingen
(1840).
XXII.
A M. le prince de la Moskowa.
Vous me demandez,
Prince, des renseignements sur les événements de mon
corps d’armée pendant la journée du 16 juin 1815.
Je m’empresse de vous les transmettre :
Vers onze heures ou midi, M. le maréchal
Ney m’envoya l’ordre de faire prendre les armes à mon corps
d’armée, et de le diriger sur Frasnes et les Quatre-Bras,
où je recevrais des ordres ultérieurs. Mon armée
se mit donc en mouvement immédiatement après avoir
donné l'ordre au général qui commandait la
tête de la colonne, de faire diligence ; je pris l'avance
pour voir ce qui se passait aux Quatre-Bras, où le corps
d'armée du général Reille me paraissait engagé.
Au delà de Frasnes, je m'arrêtai avec des généraux
de la garde, où je fus joint par le général
Labédoyère, qui me fit voir une note au crayon qu'il
portait au maréchal Ney, et qui enjoignait à ce maréchal
de diriger mon corps d'armée sur Ligny. Le général
Labédoyère me prévint qu'il avait déjà
donné l'ordre pour ce mouvement, en faisant changer de direction
à ma colonne, et m'indiqua où je pourrais la rejoindre.
Je pris aussitôt cette route et envoyai au maréchal
mon chef d'état-major, le général Delcambre,
pour le prévenir de ma nouvelle destination. M. le maréchal
Ney me le renvoya en me prescrivant impérativement de revenir
sur les Quatre-Bras, où il s'était fortement engagé,
comptant sur la coopération de mon corps d'armée.
Je devais donc supposer qu'il y avait urgence, puisque le Maréchal
prenait sur lui de me rappeler, quoiqu'il eût reçu
la note dont j'ai parlé plus haut.
.J'ordonnai, en conséquence, à la colonne de faire
contre-marche; mais, malgré toute la diligence qu'on a pu
mettre dans ce mouvement, ma colonne n'a pu paraître
en arrière des Quatre-Bras qu'à l'approche de la nuit.
Le général Labédoyère avait-il mission
pour faire changer la direction de ma colonne avant que d'avoir
vu M. le Maréchal ? Je ne le pense pas; mais, dans tous les
cas, cette seule circonstance a été cause de toutes
les marches et contre-marches qui ont paralysé mon corps
d'armée pendant la journée du 16.
D. Comte d’Erlon -
Paris, 9 février
1829.
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